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HABIBOULLAH DLIMI, L’AMOUREUX FOU DU DESERT / MAROC

Mis à jour : avr. 17

Article rédigée par Françoise Dominique Bastide


Habiboullah Dlimi, l’amoureux fou du désert, credit photo Renata Thieck Alami.

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Le désert lui a pris un doigt et le foot ball, un genoux mais il reste l'éternel amoureux de la vie nomade et la culture Hassani. Huit fois Champion National de courses de chameaux. Producteur de cette denrée noble qu’est le lait de chamelle. Producteur de Soirées Hassani. Pour la dernière semaine du Ramadan, il réunira encore les Dakhilis pour les soirées de culture nomade. Rien ne l'arrête... Habibollah Dlimi, le fou du désert. Habibollah Dlimi Ahmed Ould Mokhtar est le Président Fondateur de l’association Al Badia qui regroupe 223 éleveurs de dromadaires. Il est le Premier éleveur de chameaux de course du Maroc. Tous les nomades ont le désert au cœur. Habibollah Dlimi plus que d’autres…. Il faut beaucoup de caractère pour s’extirper aujourd’hui de la langueur des villes. Murs, toit, eau, électricité sont une base sans laquelle les humains sont totalement désécurisés. Lui s’en éloigne avec une joie souveraine. Si le désert est une femme, alors il en est totalement épris, en possède le moindre centimêtre de peau, est bouleversé par son parfum et peut tomber malade si l’on l’en tient éloigné…



Credit photo Françoise Dominique Bastide

Né en 1965 au nord de Birgandouz, son père quitte la vie nomade relativement tôt pour la pêche. La nécessité d’écouler son poisson le rapproche de Nouadhibou où son dynamisme en fait bientôt, le Président de la Coopérative de pécheurs artisans. Habibollah grandit au milieu de 4 Sœurs et 3 frères. Très sportif, turbulent, cette énergie perpétuellement en mouvement, n’est vraiment elle-même que sans contraintes, lors des vacances. Son bac à sable est un désert sans frontières. Là bas, il s’agrandit, se teste, cherche des limites sans cesse repoussées. Il s’exerce à l’art de la Meharée, fortifie son jeune corps, les chameaux deviennent ses compagnons, et le désert, à son insu, son pôle aimanté… C’est pour le désert que son âme tressaille, il découvrira ce grand secret un peu plus tard.

De 6 à 13 ans, il est structuré par l’école coranique, sa discipline de fer et ses vertus. Du sable aux étoiles, cette grande force naissante trouve sa verticalité. Comme beaucoup d’enfants du désert, il est très tôt responsabilisé.


Crédit photo AFP

Ecoutons le raconter ce souvenir d’enfance qui, décrypté, constitue un vrai rite de passage : « J’avais 9 ou 10 ans, cette fois là, mon père nous avait emmené au cœur du désert avec une douzaine d’enfants de la tribu, frères et cousins. Il avait fait le tour de ses chameaux, vu ses bergers et puis avait décidé que nous irions dormir encore plus au large, une dizaine de kilomêtres après le dernier campement… Mes cousins et moi, étions hypnotisés par son fusil. Une carabine flambant neuve aux flançs de bois sculptés réhaussée d’argent. Ce fusil depuis que nous l’avions découvert, était l’objet de tous nos soins et nous nous débrouillons subrepticement pour y laisser trainer une main protectrice avec des regards en dessous, qui en disaient long sur les rivalités que l’objet avait fait naître… Mon père nous observait… Lorsque vint la nuit et alors que nous nous apprétions à dormir à même le sol, regroupés autours du feu, la conversation vint sur le fusil et mon père dit que ce fusil était destiné au plus courageux d’entre nous. Immédiatement nous nous redressâmes le cœur battant pour savoir qui il considèrait comme le plus courageux…

Un chef de tribu est naturellement le protecteur de tous les enfants et il est hors de question que celui-ci favorise ses propres enfants au détriment des autres, cette injustice pouvant faire naître des rivalités, préjudiciables à la cohésion du clan.

« Je donnerai cette carabine, dit-il, à celui qui cette nuit, retournera au campement avec ce récipient et me le ramènera plein du lait de chamelle… »

La nuit était noire, le vent soufflait, je n’étais pas le plus grand mais tous se turent…

« Moi, dis je bravement, moi père…j’irai…

Alors je me levais sans un mot, comme à la veille d’un arrêt de mort, pris le récipient et me mis en route en direction des chameaux… »J’avais marché une partie de la nuit aussi vite que le pouvaient mes petites jambes, tous les sens en éveil, me dirigeant aux repères que nos bergers échangeaient les soirs de palabres, autours du feu.

J’arrivais au campement transi, sans savoir comment j’avais retrouvé l’endroit exact.

Je savais une chose, le fusil s’était effacé, une seule chose comptait désormais, j’avais vu briller une lueur dans le regard de mon père, une lueur de fierté.

C’est cette lueur qui m’a ouvert la route au milieu des étoiles.

Le berger que je secouais n’en revenait pas...

« Remplis moi ce récipient de lait lui dis je…

Il me regarda, ahuri…mais il n’y a pas de chamelle qui allaite ici… »

J’étais éreinté, ivre de déception, les nerfs tendus. Je repris le chemin en sens inverse avec mon récipient vide. J’arrivais au petit matin. Mon père priait. Il se releva, m’aperçut…

«Père lui dis je, la gorge nouée,j’ai trouvé le campement mais aucune chamelle n’a du lait ! »


Crédit photo Françoise Dominique Bastide

Mes frères et mes cousins s’éveillaient en se frottant les yeux, incrédules…

Mon père tisonna le feu sur lequel la théière chauffait.

« Un homme dit-il en détachant bien ses paroles et en me regardant droit dans les yeux, lorsqu’il prend un engagement, un homme ne peut revenir vers les sien sans avoir rempli sa mission… »

Je me levais d’un bond et repartis en sens inverse, raide comme un automate, incapable de supporter le soufflet brulant de sa déception.

En trois enjambées, il était prés de moi, me ramena devant le cercle familial, se baissa, prit le fusil, me le tendit.

« Je savais très bien qu’aucune chamelle n’avait du lait. Je voulais juste m’assurer que ce fusil irait au plus courageux d’entre vous. »


Crédit photo Françoise Dominique Bastide

Des années plus tard, j’ai compris qu’il avait voulu m’éduquer au plus difficile : vaincre l’aversion des enfants pour l’obscurité, l’immensité et la solitude. Mon père m’a offert ce cadeau inestimable que le désert ne me soit jamais un territoire inconnu. 40 ans plus tard, c’est à mon père que je pense en première intention lorsque je prends un engagement !


Crédit photo Françoise Dominique Bastide

Habibollah est marié depuis l’âge de 17 ans à Haddi dont il a 9 enfants. A 23 ans, il montait sa première Société de pêche et consignation puis devenait un des plus importants producteurs de langoustes, exportées sur les tables d’Espagne et du Portugal à bord de camions viviers. A 40 ans, à la suite de la mort tragique de son père, son instinct le fait tout quitter. Il part dans le désert au large de Dakhla pour de longs mois. Dans le vent, le sable et les étoiles, il va retrouver qui il est : Un fils du désert, loin de l’agitation dérisoire des hommes, plus prés de Dieu. Il vend tout et devient éleveur de chameaux. Et comme ce surdoué ne fait rien de médiocre, il devient très vite un des meilleurs éleveurs de chameaux de courses du Maroc.


Un depart d une course de chameaux à Al Baidan au Maroc

Il fonde en 2008, l’Association Al Badia. Son association regroupe aujourd’hui 223 éleveurs avec un centre de formation et d’entrainement à la course. Le but de l’Association Al Badia (Le Désert) est de promouvoir et conserver pour les générations futures, toute l’histoire, la culture et les coutumes de Bled Al Baidan.



Information et contact:

Habiboullah Dlimi

Président  de l'association Al Badia

hbdlimi@hotmail.fr

https://www.facebook.com/habiboullah.dlimi


Le FAY ,02140 Thenailles

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